LEGENDARY PEOPLE : le Team WEZ

Derrière chaque triathlète de l’Alpe d’Huez, il y a une histoire à raconter. Certaines de ces histoires méritent d’être partagées. Nous avons décidé d’en mettre en avant quelques-unes, en commençant par celle de Théophile et Valentin Francavilla, deux frères qui vivent une trépidante aventure sportive et humaine depuis 2013. Voici le premier volet de LEGENDARY PEOPLE, à la rencontre du Team Wez.

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Team Wez, c’est quoi ? Mais au juste, que veux dire « WEZ » ?

La Team Wez, c’est avant tout l’histoire de deux frangins, derrière lesquels se cache une grande famille ! « Wez », ça ne veut rien dire, ou plutôt tout dire. Nous remplacions n’importe quel mot avec « wez » quand nous étions petits, avec mon frère Léo et notre cousin Tom, pour que nos sœurs ne nous comprennent pas. Et Tom nous a quitté avant même d’avoir pu voir notre première course, c’est donc en son hommage que l’on a choisi ce nom d’équipe ! 

Notre binôme sportif est né un peu par hasard… Un soir de 2012, je rentrais en métro, et j’ai vu une affiche pour un 10km handi-valide, organisé par Handicap International. Je vais raconter ma vie, mais à ce moment j’étais un ingénieur pas à sa place, fumeur et qui venait de se faire larguer. Pendant tout le trajet retour, j’ai pensé à cette affiche, à Théo, et franchement, à ma vie. Je suis allé voir mes parents, et je leur ai proposé de participer à cette course, avec huit mois pour nous préparer… Les seules conditions étaient : la sécurité de Théo et son envie d’y aller (car quand il ne veut pas, il ne veut pas) !

Huit mois après, nous étions sur la ligne de départ de ce 10km, et puis après, c’est parti en cacahuète…

Vous avez déjà quelques exploits à votre actif ? Quels sont les principaux, les plus marquants pour vous deux ?

Exploits. C’est un grand mot ! En effet, depuis ce premier 10km en 2013, nous avons une quarantaine de courses à notre actif, allant du 5km au semi-marathon en course à pied, et du format XS au format Ironman en triathlon. Ce que je trouve magique, c’est que nous y avons toujours participé à deux, enfin en famille ! 

Parmi toutes ces aventures, chacune à sa particularité, sa petite pépite, mais il est vrai que certaines ont une grande valeur sentimentale. 

La première, c’est ce 10km Handicap International : c’était notre baptême du feu, et j’y repense chaque fois que je vais chercher Théophile chez mes parents. Nous y avons participé 5 fois, et sommes mêmes devenus ambassadeur pour H.I., c’était une sacrée fierté ! 

La deuxième, c’est le semi-marathon de Paris : je n’avais pas de souvenir de Théo et moi dans la capitale de notre magnifique pays. C’était une course hors du temps, et moi qui ai (re)fait des études à Paris, je me revois dans chaque recoin de la ville avec lui !

La troisième, c’est notre premier triathlon, un format XS près de Bordeaux : une course organisée par des étudiants, qui ont accepté et tout fait pour nous accueillir dans des conditions optimales. Cela restera la course la plus dure de notre jeune carrière, en tout cas dans mes souvenirs ! 

La quatrième, le triathlon de Gerardmer format M en 2014 : une course que l’on avait commencé sur les chapeaux de roue avec ce col à franchir à 14%, mais une violente chute dans la descente aura eu raison de nous ! À la suite de cette course, j’ai eu mon père au téléphone lorsque Théo et moi étions à l’hôpital, et ce qu’il m’a dit ce jour-là a changé notre façon de faire du triathlon. Nous avons encore une revanche à prendre sur cette course (à bon organisateur…).

La cinquième, c’est le triathlon d’Annecy : nous y avons participé 5 fois, c’est la ville de notre cousin Tom, où nous avons passé quasiment tous nos étés. Une organisation incroyable, un lieu exceptionnel, des souvenirs partout et toujours ce petit clin d’œil à notre cousin lorsqu’on arrive en haut du col de Leschaux…

La sixième, c’est l’Ironman de Vichy en 2019 : pfiou. Un beau bébé le machin. L’être humain est capable de chose incroyable physiquement, et avec Théophile, nous avons passé 16 heures ensemble ! C’est LA course qui m’a permis de prendre conscience à quel point je suis heureux et fier d’être avec lui en entrainement et en course. Pas besoin de vous dire à quel point on reste humble avant, pendant et après un tel évènement, mais je vous souhaite d’explorer ces sensations un jour !

La septième, le triathlon M de l’Alpe d’Huez 2021 : une idée à la con. J’aurais l’occasion d’en reparler après, mais cette course est unique en tout point. Je la vois maintenant comme l’ascension vers le paradis, j’ai repoussé plusieurs frontières physiques et mentales grâce à Théo, et l’organisation millimétrée de cette semaine de courses est à vivre une fois dans sa vie… voir plus !

La huitième (et après j’arrête…), c’est l’Ironman de Nice en 2021 : nous battons notre temps en natation (1h10 à tracter pépère), on fait 3h45 de vélo pour gravir les 68kms de montée pour arriver au point culminant du parcours… et on se prend un carton rouge. Hors délai de 25 minutes. C’est dur à avaler quand on se prépare pour devenir les meilleurs au monde, mais on n’en veut à personne. Nous avons changé 2-3 choses cette année, et on espère que cela nous aidera dans notre saison…

Notre binôme sportif est né un peu par hasard... Un soir de 2012, je rentrais en métro, et j’ai vu une affiche pour un 10km handi-valide, organisé par Handicap International.

Depuis que l’aventure Team Wez a commencé, quels effets a-t-elle eu sur votre relation de frangins ?

Je ne peux pas parler à la place de Théophile, donc je vais tenter de donner mon ressenti. Sur notre relation de frangin, elle est passée de membre d’une même famille à véritable duo. Cela a été (beaucoup) plus facile d’arriver à une fratrie « conventionnelle » avec ma grande sœur Camille, et mon autre petit frère Léonard. Mais en réalité, Théo a toujours eu sa place, c’est juste que désormais j’ai aussi ma propre histoire avec lui, comme je peux l’avoir avec les deux autres affreux.

C’est une auto-hétéro-évaluation (j’évalue seul le comportement de Théo), mais je trouve qu’il s’est ouvert au monde. Se retrouver au départ de courses, c’est être encouragé par des dizaines de personnes sur la ligne, le long du parcours et à l’arrivée. Là où Théo semblait parfois renfermé, je, nous (sa famille), le trouvons plus observant, plus sensible à l’environnement et surtout, il ne rechigne jamais à une petite caresse, une petite tape sur l’épaule ou encore une poignée de main ! 

La pseudo notoriété qui nous précède parfois sur des triathlons a aussi aidé à faire que les gens soient moins « surpris », et c’est fondamental car même si cela ne change pas Théo, cela change le regard que les gens posent sur lui. C’est d’ailleurs pour cela que nous avions commencé à partager notre (folle et incroyable) histoire !

Ta préparation diffère-et-elle de celle d’un triathlète normal ? Théophile participe-t-il à certaines de tes séances ?

Pour faire simple, l’année se divise en deux : la belle saison, et la saison froide ! D’Octobre à Avril, en général, je m’entraîne seul, entre 10 et 20 heures par semaine (donc comme tout bon triathlète). J’avais tenté d’emmener Théo en Novembre lorsque l’on ne faisait que courir, mais le bleu sur ses lèvres et ses doigts nous ont suggéré qu’il s’agissait d’une bonne mauvaise idée ! Nous attendons donc Avril, tout au moins que le thermomètre affiche une quinzaine de degrés pour pouvoir s’entrainer ensemble. 

C’est véritablement le moment de l’année que je préfère car nous pratiquons ce sport avec tout pour passer du temps ensemble ! Les courses, Théo s’en moque éperdument mais pas moi, ni la famille qui en profite pour parcourir la France, et bientôt le monde ! 

Théophile s’entraine donc avec moi dès que le planning le permet, a minima tous les week-ends, et quand je peux, les soirs de semaine. Cette année, nous avons rajouté l’entrainement le vendredi, il faut bien ça pour être au top. Nous roulons donc dans nos villages Seine-et-Marnais, nous courrons également dans le coin, et nous nageons en Seine (mais il ne faut pas trop le dire, c’est assez illégal…).

À l’Alpe d’Huez, les 21 virages représentaient clairement le défi au cœur du défi. Comment cela s’est-il déroulé pour vous deux, par rapport à ce que tu avais imaginé ?

Bon. Clairement, ça s’est passé comme prévu, mais en pire. Je savais pertinemment que l’idée tenait plus du rêve que du réel, encore plus lorsque j’ai décidé de nous y inscrire un soir en sortant du Eight Bar (pour les connaisseurs). Le faire seul, c’est déjà un sacré morceau à ingurgiter mais alors en tandem… une belle ânerie. 

Je suis venu skier à l’Alpe, puis y randonner, avant d’intégrer l’équipe Physiosteo en tant que kiné en 2019. J’ai donc connu le triathlon de l’intérieur, ce qui faisait clairement parti des points positifs pour y aller ! Après en avoir parlé avec mes potes kinés avec qui nous venons à l’Alpe quasi tous les ans depuis, puis avec la famille, j’ai cliqué sur le bouton « s’inscrire » en me disant qu’on passerait cette foutue ligne coûte que coûte ! 

Se préparer pour l’Alpe d’Huez et ses 21 virages en Seine-et-Marne, c’est comme apprendre à faire à manger dans un resto étoilé : perdu d’avance. Mais dans notre binôme, on est obstiné ! Je pourrais parler de la nage dans le Lac du Verney, au milieu des montagnes pendant des heures. Je pourrais aussi détailler la montée de l’Alpe à chaque virage tant j’en ai des souvenirs mémorables. Je pourrais également parler de la pluie, de la grêle et du vent que l’on a pris dans la tronche sur le parcours pédestre. Mais tous ces détails, je les partage déjà dans notre compte-rendu de course sur notre page Facebook « Team Wez » alors le mieux est d’aller y faire un tour. 

Toutefois, si je devais retenir une chose, c’est que ce sont mon amoureuse, nos parents, nos amis, mes tantes Rachel et Virginie, Chris’, les encouragements du public et cette superbe orga’ qui nous ont permis de franchir cette ligne d’arrivée. C’est certain.

Justement, vous étiez très accompagnés durant la course à pied, avec une belle escorte d’amis ! Qui sont tous ces gens autour du Team Wez ? Quelle relation as-tu avec l’Alpe d’Huez ?

Comme j’ai pu le dire avant, j’ai connu l’Alpe d’Huez grâce à ses activités hivernales et estivales. J’ai noué un lien particulier avec cette ville et ses habitants historiques (la famille Loup 😍), puis avec une bande d’amis kinés qui s’est formée à l’école autour de valeurs humaines et sportives fortes. Parmi cette bande de zinzin, il y a Clémentine, qui s’est inscrite au format M avec pour idée de nous rattraper dans la montée, et aller jusqu’au bout de l’aventure avec nous. Partager ce moment avec elle, c’est un souvenir indescriptible, car nous avons traversé en 5 heures toutes les émotions ou presque. Sur le parcours de course à pied, ce sont donc tous nos amis qui nous ont accompagnés, et nul doute que sans eux la partie aurait été moins fun à vivre ! Je ne remercierai jamais assez Guigui de nous avoir boostés, Roro pour nous avoir poussés à nous dépasser, Bastien et Mathieu pour avoir mis l’ambiance et nous réchauffer de l’intérieur, Maxime pour sa présence forte et pour avoir pris les plus belles images et Apo pour ses encouragements !

Quels sont les objectifs du Team Wez cette saison ?

Cette saison, nous avons pour objectif de devenir champions du monde et essayer de détenir le meilleur temps en binôme handi-valide sur le circuit Ironman. Ce sont des objectifs officieux, car le label ne dispose pas (encore) de slot pour la catégorie « Special Team » (qui correspond au binôme comme nous), d’une part. Et d’autre part, le chrono est celui des frères Pease, deux américains qui ont bouclé ça en 14 heures 25 minutes et des brouettes, mais qui n’est pas reconnu au niveau international. Nous avons donc pour projet de partir à Mont-Tremblant au Canada le 21 Août prochain, pour mettre un pied en Amérique du Nord, et essayer de montrer de quel bois se chauffent les p’tits français.

Après les déboires de Nice, j’ai donc pris un coach, Karoly Spy, pour optimiser toutes les phases de la préparation physique. Nous essayons aussi de trouver des sponsors pour alléger le matériel, mais aussi pour continuer d’améliorer notre pratique (par exemple avec des vêtements thermiques pour pouvoir embarquer Théo avec moi plus tôt dans la saison).

D’ici là, nous prévoyons quelques « petits » formats M et un half-Ironman pour répéter les transitions, optimiser l’alimentation en course et pourquoi pas, commencer à battre nos propres chronos sur ces formats ! 

 

Je pense que nous reviendrons à l’Alpe d’Huez pour le triathlon, mais ce sera un objectif que l’on préparera sur une année afin de montrer qu’on peut être encore meilleurs ! Je profite de cette tribune pour remercier chaque bénévole et organisateur de l’Alpe d’Huez Triathlon. Vos mots, votre accueil, votre gentillesse à notre égard me permettent encore aujourd’hui de dire que le triathlon n’est vraiment pas un sport individuel…

Triathlon de l’Alpe d’Huez
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